La Belgique, vaste plateau de jeu de l'oie
Défi Nature ASBL

© Oies rieuses - Pierre Lambelin

Par un froid matin ensoleillé de début novembre, une bande d’oiseaux fend le ciel à coups d’ailes rapides et réguliers. Parfaitement disciplinés, en formation, ils dessinent un « V » sur le bleu du ciel. De nombreux cris de contact retentissent, assurant la cohésion du groupe en vol.

De premier abord, ils présentent un corps massif et un long cou. S’agit-il de grues, en migration vers leurs quartiers d’hiver à cette période ? Non, car à l’arrière du corps, les longues pattes sont absentes. Les teintes brunes excluent le cormoran, lui aussi encore en mouvement en fin d’automne mais dont le plumage est généralement noir.

Reste alors les canards et les oies, qui font partie de la même famille, les anatidés, tout comme les cygnes d’ailleurs. Les cris, sortes de « ank-ang-ang » ajoutés à la lourdeur perceptible des volatiles permettent de déterminer qu’il s’agit d’oies. Oui, mais lesquelles ?


Oies rieuses © Pierre Lambelin

Les oies sauvages

Mais quelles sont les espèces d’oies que l’on peut rencontrer dans nos régions et que viennent-elles y faire ?

Nous avons la chance d’accueillir en Belgique de vastes troupeaux d’oies qui viennent hiverner. De nos jours, on n'en trouve pratiquement plus qu’en Flandre mais il y a quelques dizaines d’années on pouvait également rencontrer de petits rassemblements en Wallonie.

Des groupes rassemblant parfois plusieurs milliers d’individus d’espèces différentes broutent ainsi les végétaux des polders, à l’arrière des côtes belges. Un très bon endroit pour les observer est la zone d’Uitkerke, dans l’arrière-pays de Blankenberge.


Envol d'Oies rieuses à Uitkerke © Pierre Lambelin

Ces oies se rapportent à deux groupes distincts morphologiquement, qui appartiennent à deux genres séparés.

Les oies « vraies » (Anser), qui sont globalement de teinte brune ou grise et les bernaches (Branta), plus petites, qui sont plutôt dans les tons gris et dont le cou et la tête sont noirs, ornés de zones blanchâtres.

Les oies vraies

On peut généralement observer quatre espèces d’oies pendant l’hiver en Belgique. Il n’est pas toujours facile de les reconnaître.

L’Oie cendrée (Anser anser) et l’Oie à bec court (Anser brachyrhynchus) sont plutôt grises et possèdent des pattes et un bec rosâtre, ainsi que de grandes zones gris pâle dans les ailes, visibles lorsqu’elles volent.

L’Oie cendrée est la plus grosse oie sauvage. C’est également l’ancêtre de nos oies domestiques. Chaque année, quelques couples nichent chez nous, principalement en Flandre mais aussi occasionnellement en Wallonie. Des migratrices venues du nord s’arrêtent en Belgique pour passer la saison froide.


Oies cendrées © Pierre Vlaminck

L’Oie à bec court niche très au nord, en Islande, au Groenland et dans l’archipel du Svalbard. Sa tête est sombre et son bec est… court !


Oie à bec court © Pierre Lambelin

On peut également rencontrer l’Oie rieuse (Anser albifrons), qui pousse d’incessants « kiou-iou-iou ! » qui lui ont valu son nom français, et l’Oie des moissons (Anser fabalis). Toutes deux possèdent un plumage gris-brun un peu plus chaud que les deux précédentes et des pattes orange.

L’Oie rieuse adulte a le front blanc (d’où son nom scientifique albi, blanc et frons, front) et le bec orange, son ventre est barré de bandes noires. Elle niche très au nord, tout autour du globe, depuis la Sibérie jusqu’en Alaska et au Canada.


Oie rieuse © Jean-Philippe Liégeois

L’Oie des moissons est plus sombre, notamment au niveau de la tête et possède un bec avec des zones orange plus ou moins étendues. Ses zones de nidifications s‘étendent de la Scandinavie à l’océan Pacifique, en Eurasie.


Oie des moissons et Bernaches du Canada © Quentin Goffette

Les bernaches

Deux espèces de bernaches sont régulières chez nous.

La Bernache nonnette (Branta bernicla) dont le dos est gris bleuté, le ventre clair et dont la tête noire s’orne d’une zone blanc-crème au niveau de la joue et du front.


Bernache nonette © Jean-Philippe Liégeois

La Bernache cravant, moins fréquente, est gris-brun sombre et son cou noir est rehaussé d’un fin collier blanc à la base de la tête.


Bernache cravant © Jean-Philippe Liégeois

D’autres espèces beaucoup plus rares sont parfois observées, comme la superbe Bernache à cou roux, la Bernache du Pacifique, l’Oie des neiges, ou l’Oie naine dont les populations européennes sont très menacées. Le statut de ces oies rares n’est pas facile à déterminer. Certaines sont vraiment sauvages, mais d’autres ont pu s’échapper de captivité.

Les oies férales et domestiques

D’autres oies peuvent être rencontrées toute l’année chez nous. Certaines ne sont pas migratrices, d’autre ont perdu leur instinct migratoire. On pense bien entendu à l’Oie domestique (Anser anser f. domestica), qui fréquente souvent les étangs urbains et les grands cours d’eau. Certaines sont toutes blanches, d’autres présentent des plumages panachés ou sont identiques à leur ancêtre sauvage, l’oie cendrée.

Parmi les autres espèces se trouve la Bernache du Canada, qui est la plus grosse oie « belge » et parmi les plus loquaces. Elle est brune, possède un long cou noir et une joue blanche. Importée à l’origine comme oiseau de volière, la Bernache du Canada est originaire d’Amérique du Nord, comme son nom l’indique. Elle est très compétitive et s’est parfaitement adaptée aux biotopes belges. On observe parfois des vols qui peuvent rassembler plusieurs dizaines d’individus, poussant de bruyants « orlutt ! ». Il ne s’agit pas de migration mais généralement de courts déplacements entre différents lieux de nourrissage ou de repos.


Bernache du Canada © Damien Hubaut

Une autre espèce exotique, l’Ouette d’Egypte (Alopochen aegyptiaca) est très répandue. Plus petite, brun clair, son dos est brun chaud et roux et ses ailes sont blanches avec des zones irisées. Sa tête grisâtre présente un « oeil au beurre noir » caractéristique.


Ouettes d'Egypte © Damien Hubaut

Provenant d’Afrique, elle s’est aussi très bien adaptée chez nous. Là-bas, elle présente la particularité de nicher préférentiellement en hauteur, dans des cavités d’arbres. Pas vraiment l’endroit où l’on s’attendrait à trouver une oie ! Mais de ce fait, il n’est pas rare de rencontrer même en pleine ville une ouette perchée au sommet d’un bâtiment.


Ouette d'Egypte dans son biotope d'origine, en Ethiopie © Quentin Goffette

Il arrive également de croiser des oies échappées de captivité, qui sont retournées à l’état plus ou moins sauvage. On parle alors de populations férales ou marronnes. C’est ainsi que dans le Brabant wallon, par exemple, une troupe de plusieurs dizaines de bernaches nonettes en liberté sont présentes toute l’année.

Il arrive régulièrement d’observer des hybrides chez les oiseaux captifs ou échappées de captivité. On peut ainsi trouver des individus présentant des caractéristiques intermédiaires entre, par exemple, Bernache du Canada et Bernache nonnette.

Quentin Goffette

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