La fabuleuse odyssée du saumon de l’Atlantique
Défi Nature ASBL

© Pierre Lambelin

Seules les personnes les plus âgées se souviennent peut-être encore de la présence de cet étonnant poisson dans nos rivières wallonnes. Pourtant, au 20ème siècle jusqu’au début des années quarante, le saumon de l’Atlantique se rencontrait en abondance dans tous les affluents du bassin mosan.

Des noms de rivières, comme la Salm, ou de villages, notamment Vielsalm ou Salmchâteau, en témoignent. La pêche commerciale et la pêche à la ligne étaient couramment pratiquées dans tous nos cours d’eau. Le saumon était d’ailleurs considéré comme un mets de choix. Rien ne laissait donc présager de son déclin rapide.

Tout comme la truite, le saumon appartient à l’ordre des salmoniformes et à la famille des salmonidés. Il existe deux grandes espèces de saumons : celui de l’Atlantique et celui du Pacifique, qui comportent plusieurs sous-espèces. Ces poissons sont également appelés anatromes, ce qui signifie qu’ils vivent en mer et se reproduisent dans les eaux douces de leur rivière natale.

Dans cet article, nous évoquerons principalement le saumon de l’Atlantique.

La physionomie du Saumon atlantique

Sa taille et son poids varient en fonction des conditions du milieu dans lequel il vit. Un saumon adulte peut mesurer plus d’un mètre et peser une vingtaine de kilos.

Son corps est élancé et sa tête relativement forte. Le mâle développe une excroissance à la mâchoire inférieure, appelée « bec ».

En mer, le poisson adulte présente une robe argentée ponctuée de petites taches noires. Mais au moment de la reproduction, cette robe prend une couleur plus rosée.


Saumon atlantique © Hans-Petter Fjel

Ses nageoires lui servent de moyen de locomotion et d’équilibre.

> Il avance en ondulant au moyen de sa nageoire caudale imposante.
> Les nageoires dorsales et anales lui évitent de nager en vrille tandis que les pelviennes et les pectorales lui permettent de nager dans le courant ou au fond de l’eau.
> Le saumon se reconnaît aisément grâce à la petite nageoire « adipeuse » qui caractérise les salmonidés.

 

 

Le poisson contrôle sa flottabilité grâce à sa vessie dite «natatoire», remplie de gaz, qui se trouve au niveau de son intestin.

L’odorat et le goût semblent fonctionner ensemble. Ces organes se situent dans la bouche, sur les lèvres et le museau.

Une ligne dite « latérale », présente des deux côtés du poisson, contribue avec l’oreille interne à détecter les bruits et les vibrations.

Comme tout être vivant, le saumon a besoin de respirer. Il pompe l’oxygène grâce à ses poumons que l’on appelle les branchies.

Poisson carnassier, le saumon de l’Atlantique se nourrit en rivière de larves et d’insectes. En mer, il consommera essentiellement des petits poissons et des crevettes.

Alevin deviendra grand

Pour frayer après un séjour en mer, le saumon remonte les cours d’eau jusqu’à sa rivière natale. La reproduction a lieu à la fin de l’automne.

La femelle creuse des petits nids dans les graviers de la rivière. Elle peut pondre jusqu’à 2000 oeufs par kilo de poids. Ils ont la taille d’un petit pois et sont de couleur orangée. Le mâle se tient à ses côtés pour répandre sa laitance sur les pontes. La durée d’incubation varie en fonction des conditions climatiques.

L’éclosion a lieu en mars ou en avril. Les alevins restent enfouis dans les graviers en se nourrissant de leur sac vitellin. Après 5 ou 6 semaines, ils émergent du fond de la rivière et s’alimentent alors de petites larves et d’insectes.

 

 

Lorsqu’ils mesurent environ 5 cm, les alevins prennent le nom de « tacons ». Ils ressemblent alors très fort aux truitelles (robe striée) qui fréquentent les mêmes milieux.


Tacon © Dominique Ludwig

Lorsqu’ils mesurent une quinzaine de centimètres, après 2 ou 3 ans, les tacons subissent une importante métamorphose. Leur corps s’allonge et prend une couleur argentée. Ils prennent alors le nom de « smolts » ou « saumoneaux ».

Il semble que c’est lors de cette smoltification qu’ils mémorisent l’odeur de leur rivière natale. Ils entament alors la dévalaison (descente de la rivière) vers l’océan. En cours de route, les branchies se transforment afin de pouvoir supporter l’eau de mer. Après quelques semaines, ils atteignent l’embouchure des fleuves et sont prêts pour entamer leur fabuleuse odyssée, qui les mènera au large des côtes du Groenland et des Iles Féroé.

Après un séjour de 2 ou 3 ans, les saumons devenus adultes entament irrésistiblement le voyage de retour vers leur rivière natale. Ils cessent alors de se nourrir.

Et après un périple de plusieurs mois, ils atteindront enfin les frayères afin de se reproduire. La boucle est bouclée !

Un périlleux périple

De l’éclosion des oeufs jusqu’au retour des adultes, de multiples dangers guettent les saumons. Ils ont de féroces prédateurs, comme les hérons ou cormorans en rivière, et les oiseaux de mer ou les phoques dans les océans. C’est ainsi qu’on estime que sur une ponte de 8000 oeufs, seulement 4 saumons adultes seront de retour.

Contrairement à son cousin d’Amérique, une partie des saumons atlantiques survivront à cette période de reproduction. Après s’être de nouveau alimentés dans leur rivière natale, ils pourront au printemps suivant repartir en mer. Les plus forts d’entre eux reviendront encore une fois ou deux pour se reproduire.

Pourquoi le saumon a-t-il disparu de nos rivières ?

A la fin du 19ème siècle, on capturait jusqu’à 100.000 saumons dans l’estuaire de la Meuse hollandaise. Le déclin a alors commencé. Au point que plus aucun saumon n’a été pêché après 1942.

Les raisons de sa disparition sont multiples :

> L’essor de l’industrialisation du bassin de la Meuse a nécessité la rectification des berges et le dragage des fonds des cours d’eau. Occasionnant la disparition des frayères et des graviers.
> De plus, 23 barrages et centrales hydroélectriques ont été érigés sur la Meuse, empêchant la libre circulation (dévalaison et montaison) des poissons.
> Enfin, la pollution des eaux par les métaux lourds et PCB ont donné le coup de grâce.

Le projet CosMos

En 1983, la découverte de 4 truites de mer dans la Berwinnne, à Lixhe, près de la frontière hollandaise, redonne espoir. En effet, ce poisson est aussi une espèce anadrome.

Et en 1987, un projet baptisé « Meuse Saumon 2000 », financé par la Région Wallonne, est créé en collaboration avec les universités de Liège et de Namur. Son but est simple et fou à la fois : recréer le cycle de vie complet du saumon en bassin mosan. Il faudra attendre 2015 pour que le projet prenne un coup d’accélérateur avec la création d’une salmoniculture à Erezée. Il devient alors le projet CosMos, « Conservatoire du saumon Mosan ».

Cette infrastructure, située le long de la rivière l’Aisne, est l’une des plus importantes d’Europe. Elle comprend 6 bassins de stabulation et de revalidation des géniteurs sauvages, 60 bassins de grossissement des saumoneaux et 12 bassins d’élevage des alevins et tacons.


Bassins de revalidation et de grossissement au centre CosMos © Dominique Ludwig

Actuellement, tous les saumons adultes se présentant à l’estuaire de la Meuse sont capturés au barrage de Lixhe et envoyés à Erezée pour servir de géniteurs. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de petits saumons sont élevés et relâchés dans les affluents de la Meuse (500.000 tacons l’année dernière).

En parallèle, plusieurs frayères ont été restaurées. Des graviers ont été reversés dans les cours d’eau. De plus, toutes les infrastructures sur la Meuse ont été équipées d’échelles à poissons. C’est devenu une obligation européenne.


Echelle à poissons au barrage de Lixhe © Dominique Ludwig

Toutes ces initiatives semblent porter leurs fruits. En effet, en juin 2019, un saumon de 95 centimètres et pesant 6,7 kilos a été capturé à l’échelle à poissons de Lixhe. Né à Erezée, il a passé 3 ans dans l’océan avant de revenir pour se reproduire dans sa rivière natale.

On peut donc espérer qu’à moyen terme, celui que l’on qualifie parfois de « roi des poissons d’eau douce » fréquente, à nouveau, nos cours d’eau. Ce retour constituerait également un symbole pour la restauration de la biodiversité du milieu aquatique en Wallonie.

Dominique Ludwig

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