Secrets d'arbres
publié le 06/03/2020
Auteur : Françoise Baus

Que nous évoque le mot arbre ? Le symbole celtique de liaison entre Terre et Ciel ? Un terrain de jeu sur lequel on grimpait, enfant. La marque de l’avancée du temps pour le philosophe. Ou encore, un terrain d’investigation pour le naturaliste qui cherche à coller un nom sur chaque espèce.

Pour moi, l’arbre, c’est aussi une leçon d’humilité. Quand on se rappelle l’étymologie de ce mot, humus, terre, humain, cela prête à réflexion. Proche de nous, l’arbre entretient pourtant ses mystères et s’il s’agit de faire le tour de toutes ses facettes cachées, c’est un fameux défi. Que je ne relèverai pas !

J’ai juste ici le souhait de donner envie de mieux l’observer, de l’admirer, de mieux le connaître… pour mieux le protéger. Alors, cap sur l’arbre et quelques-uns de ses secrets.

De la capacité de s’adapter

Dans un arbre, on pourrait presque dire, en plagiant Francis Hallé, que tout est tout. Une racine mise à nu par une érosion de terrain acquiert de la cuticule et « devient » tige. Un arbre couché mais toujours enraciné lance le développement de branches qui vont reconstituer la verticalité du tronc couché.

Cette faculté extraordinaire d’échanger si nécessaire les fonctions de ses « membres », l’arbre la tient de son immobilité. C’est le point de départ de toute une série d’adaptations plus subtiles les unes que les autres, et qui permettent à l’arbre de survivre face à la concurrence, la prédation, face aux extrêmes climatiques, face à l’érosion inéluctable d’un terrain.

De l’art de tout envelopper

L’immobilité de l’arbre va aussi générer chez lui une défense très particulière lorsqu’il est confronté à un obstacle, pierre, mur, autre arbre par exemple.

Pour éviter une blessure trop importante due à l’usure de contact, l’arbre va augmenter le développement de cellules vivantes, élargir la surface de contact, jusqu’au recouvrement total de l’intrus. Ainsi subsistent dans le paysage des arbres marqués à vie dans leurs cellules, mangeurs de clôture, de murs ou de fil barbelé.

De la capacité de résilier

« Un très vieil arbre est une collection de blessures plus ou moins graves, plus ou moins profondes mais toujours surmontées, puisqu’il est toujours là. », disait Robert Bourdu.

La capacité de résilience des arbres est vraiment surprenante, mais toutefois pas illimitée. Il suffit de songer à deux exemples auxquels la plupart d’entre nous ont déjà été confrontés. Prenons d’abord le cas d’une cépée (taille d’un arbre à ras de terre, de sorte qu’il repousse en formant beaucoup de nouveaux rejets depuis la souche). Dans ce type de cas, chez un feuillu en tout cas, cela ne suffit pas à le faire mourir. La souche de l’arbre amputé va au contraire fourmiller de vie et développer le plus rapidement possible de nombreux « rejets », qui prendront le relais du tronc d’origine pour maintenir l’arbre en vie. Les feuilles de ces rejets seront d’ailleurs anormalement grandes et larges, d’autant plus efficaces à la photosynthèse. Cette situation de survie perdurera quelques années selon les espèces et marquera à vie l’architecture et la silhouette de l’arbre. Toutes les espèces ne sont pas égales dans la capacité de « réitérer » ou de régénérer, cela reste la grande spécialité des feuillus. Chez les végétaux plus primitifs que sont les résineux ou les palmiers, cette capacité est rare (chez nous, l’If (Taxus baccata) en est toutefois capable).

Prenons ensuite le cas des émondages (taille d’élagage radicale consistant en la suppression de toutes les grosses branches) à répétition bien connus sur certaines grandes avenues bruxelloises et pratiqués sur des arbres heureusement souvent choisis pour leur résistance particulière à l’élagage, comme le platane par exemple. Privé de l’ensemble de ses « panneaux solaires » (que sont ses branches orientant favorablement ses feuilles, véritables usines sièges de la photosynthèse), l’arbre va rejeter immédiatement de manière massive et anarchique. L’arbre survit de cette manière et est capable de résilience. Sauf que ces émondages se répétant inlassablement d’une année à l’autre condamnent l’arbre à une perpétuelle situation de survie qui ne lui permet plus de surmonter d’autres agressions ! Le voilà vulnérable et à la merci d’une attaque bactérienne ou d’un excès de pollution.

De la solidarité et de la communication en réseaux

Depuis peu, les scientifiques se penchent sur la question à priori très « conte de fées » de la communication entre les arbres. Récemment, de nombreuses études ont prouvé que ce n’était plus du tout de la superstition ou des suppositions mais des faits !

À travers plus de 80 expérimentations scientifiques menées pendant 25 ans, la professeure de sciences forestières de l’UBC (Colombie britannique) Suzanne Simard a prouvé que les arbres étaient capables de communication, d’échanges d’informations et de nutriments avec leurs pairs. Par le biais de dispositifs très évolués, ces échanges ont été prouvés tant au sein d’une même espèce qu’entre espèces différentes. Les échanges présentent une grande complexité et concernaient dans ces expériences l’azote, le phosphore, l’eau, les sels minéraux, mais aussi les hormones et les substances de défense allélopathique (L’allélopathie est un phénomène biologique par lequel une plante produit une ou plusieurs substances biochimiques destinées à influencer la croissance, la survie et la reproduction d'autres plantes. Ces substances allélochimiques peuvent avoir une influence positive (allélopathie positive) ou négative (allélopathie négative) sur les organismes concernés).

C’est ainsi qu’on peut en conclure que dans le sol, tout un monde invisible pour l’homme fait de racines interconnectées et d’un immense réseau symbiotique de mycorhizes (résultat de l'association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes) garantit les échanges profitables aux arbres jeunes, en difficulté ou blessés qui se maintiennent donc grâce à ces connexions avec leurs pairs.

En termes de communication entre les arbres, l’exemple bien connu des Acacias et des Koudous (antilopes africaines) révèle la capacité de l’arbre à augmenter de manière exponentielle la teneur en tanins de ses feuilles lorsque l’agression par l’herbivore est trop importante, mais aussi sa capacité à « prévenir » ses congénères sous la forme d’éthylène envoyée dans l’atmosphère. Les autres Acacias sont ainsi prévenus et deviennent tout aussi amers et toxiques que l’arbre attaqué.

Une autre expérience plus récente, relatée par Francis Hallé, confirme cette faculté de communication chez une autre espèce, le Cyprès, en Espagne. Confronté au feu de forêt, le Cyprès dégaze dans l’atmosphère toutes les substances particulièrement inflammables et envoie également des signaux prévenant les autres Cyprès non encore approchés par le feu qui dégazeront eux aussi !

Et ce n’est que le tout début des observations et expériences scientifiques dans le domaine. Osons espérer que toutes ces constatations scientifiques et recherches extraordinaires sur la solidarité et la communication entre les arbres fassent évoluer les observations, les mentalités et surtout les pratiques. Pratiques sylvicoles et de gestion de nos forêts, choix des espèces, gestion et entretien des espaces verts dans nos villes, pratiques aussi du simple citoyen en charge de la gestion de son petit ou grand jardin…

Bibliographie :

Francis Hallé, Plaidoyer pour l’Arbre, Actes Sud, 2005

Christophe Drénou, Face aux Arbres, Ulmer, 2009

Peter Wohlleben, La Vie secrète des Arbres, Edition des Arènes, 2017

Suzanne Simard, conférence Comment les Arbres se parlent, 2016

Cleve Backster, L’intelligence émotionnelle des plantes, Trédaniel, 2014

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