Et si on en apprenait plus sur la migration ?
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Par un bel après-midi de mars résonne le  « chif-chaf », phrase caractéristique du chant du Pouillot véloce, petit oiseau insectivore de couleur brun-olive. C’est l’un des premiers oiseaux chanteurs à nous revenir de migration au printemps. Celui-ci a probablement pris ses quartiers d’hiver autour de la Méditerranée, mais d’autres espèces entament annuellement des périples bien plus longs. Des oiseaux de quelques grammes franchissent le Sahara et certaines espèces font le tour de la terre… en une année ! Il n’y a donc pas une, mais des migrations.

La migration, c’est quoi ?

On n’a pas de mal à considérer comme migrateur un oiseau parcourant des milliers de kilomètres pour passer l’hiver en Afrique. Mais le rougegorge, qui passe la nuit dans mon jardin et va se nourrir chez le voisin du bout de la rue qui habite à 200m le lendemain, est-il un oiseau migrateur ?

Non. A proprement parler, la migration est un aller-retour saisonnier dans des directions bien définies, entre une zone où l’oiseau va nicher et une zone où il va passer l’hiver. Mais la distance n’est pas forcément un critère : certaines espèces ne parcourent que quelques dizaines de kilomètres, d’autres des dizaines de milliers.

Les oiseaux ne sont pas les seuls à migrer, d’autres animaux effectuent également des déplacements saisonniers. C’est notamment le cas des baleines à bosses, des gnous ou, plus près proches de nous, de certaines espèces de chauves-souris comme la Pipistrelle de Nathusius ou la Noctule de Leisler.

Pourquoi migrer ?

La migration permet de nicher dans des régions où un fort contraste météorologique existe entre la belle saison et l’hiver. Le climat y est généralement doux et favorable au printemps et en été, offrant d’importantes ressources alimentaires, tandis que l’hiver y est généralement rude et la survie incertaine. Le principe est donc de profiter d’une nourriture abondante pour élever les jeunes mais de passer la mauvaise saison dans des zones plus chaudes, comme les bords de la Méditerranée ou l’Afrique subsaharienne.

Oui mais, pourquoi ne pas rester au Maroc ou en Tanzanie pour nicher ? Il y fait pourtant beau et chaud toute l’année et la nourriture y est abondante ! C’est vrai, mais la migration permet de profiter de zones à priori plus inhospitalière, en quelque sorte de profiter de zones « vides » où la vie toute l’année n’est pas possible. L’effort fourni par la migration et les dangers rencontrés en chemin sont contrebalancés par les avantages d’une nourriture abondante et de places laissées vacantes.

Quand est-ce qu’on arrive ?

Chez certaines espèces, les stratégies migratoires sont telles qu’il est parfois difficile de fixer un point de départ et un point d’arrivée. Par exemple chez les canards, comme la Sarcelle d’hiver, notre plus petite espèce, les migrations sont principalement motivées par les conditions climatiques. Lorsqu’il fait un froid… de canard, la sarcelle se déplace plus au Sud. Elle effectue ainsi des déplacements plus ou moins longs et ne s’arrête pour ainsi dire pas de migrer. Dès que les conditions climatiques s’améliorent vers le mois de mars, les canards remontent.

À l’inverse, chez le Bécasseau tacheté, une petite espèce d’échassier nichant au-delà du cercle Arctique, en Amérique du Nord et en Sibérie, c’est la destination estivale qui est moins claire. Grâce au suivi de plusieurs individus par émetteurs, des chercheurs ont pu mettre en évidence le fait que les mâles se déplacent toute la belle saison, sur plusieurs centaines de kilomètres, fécondant au passage toute une série de femelles sur leur trajet. La dispersion de leur patrimoine génétique est donc maximum !

Des « sauts de moutons »

Chez d’autres espèces, notamment chez le Bécasseau variable, un petit échassier au bec recourbé, des populations nichant en des endroits différents n’hivernent pas au même endroit. Les individus nichant très au Nord vont logiquement descendre fort au Sud pour échapper aux rudes conditions hivernales dans l’Arctique, alors que les populations nichant par exemple dans les Îles Britanniques sont, elles, essentiellement sédentaires. Des Bécasseaux variables de l’Arctique vont donc jouer à « saut-de-mouton » et dépasser des individus de la même espèce qui, eux, passeront l’hiver sur place.

Les rois de la navigation

Inutile de dire que toutes ces espèces « voyageuses » disposent d’un arsenal de navigation digne des meilleurs GPS, puisqu’elles sont capables de retrouver précisément leur lieu de nidification ou d’hivernage. Une erreur d’orientation ou de mauvaises conditions météo peuvent s’avérer fatales. À ce propos, le voyage de certaines Barges rousses, des échassiers de taille moyenne au plumage nuptial roux et au bec légèrement recourbé vers le haut, est étonnant. En effet, les populations nichant en Sibérie et en Alaska vont hiverner en Nouvelle-Zélande. Non seulement leurs quartiers d’hivers sont situés à plus de 10.000 km de leur zone de nidification, mais les barges abordent aussi la Nouvelle-Zélande… dans le sens de la longueur ! Un léger décalage dans l’axe de migration les ferait manquer cette « étroite » langue de terre et se perdre dans l’océan.

Des voyageurs au long cours

Le voyage de 10.000 km des Barges rousses de Sibérie et d’Alaska, évoqué ci-dessus, constitue déjà une sacrée performance. Mais d’autres font mieux. Par exemple, certains albatros nichant en Antarctique, comme l’Albatros hurleur, partent après leur nidification pour un long, très long voyage en direction de l’Est, portés par les vents d’Est continus cerclant l’Antarctique. Toujours vers l’Est ? Mais comment font-ils pour rejoindre leur lieu de nidification ? C’est simple : ils font tout bonnement le tour de l’Antarctique !

Le record absolu est détenu par la Sterne arctique, un oiseau marin proche des mouettes. Un oiseau d’une centaine de grammes peut-il faire mieux qu’un albatros pesant autant qu’un cygne ? Jugez plutôt. La Sterne arctique niche dans le grand Nord, comme son nom l’indique, mais passe l’hiver… en Antarctique ! Ce voyage lui permet ainsi de profiter de deux étés dans l’année ! Le prix à payer n’est cependant pas négligeable : les deux zones sont distantes d’environ 20.000 km… La sterne fait donc l’équivalent du tour de la terre en une année ! En tout cas, c’est ce que l’on pensait avant d’équiper des Sternes arctiques d’émetteurs permettant de suivre leurs déplacements. On s’est ainsi rendu compte que la sterne ne se contentait pas de l’aller-retour, mais qu’elle faisait parfois encore jusqu’à 40.000 km en quête de nourriture en Antarctique ! Jusqu’à 80.000 km par an, rien de moins ! De quoi en perdre le Nord…

 

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