Les tourbières, une histoire d’eau
Défi Nature ASBL

© Dominique Ludwig

Par définition, une tourbière est un territoire humide gorgé d’eau, ressemblant à un marais, abritant une faune et une flore typiques des milieux humides. Ce patrimoine naturel inestimable, tellement fragile, est menacé par le réchauffement climatique et par l’activité humaine.

Les tourbières sont apparues à la fin de la dernière période glaciaire (glaciation de würm), il y a environ 12.000 ans. Leur développement dépend essentiellement de 3 facteurs :

1. La température moyenne annuelle ne doit pas dépasser les 7°.

2. Les pluies doivent être abondantes et régulières.

3. L’écoulement de l’eau doit être faible voire inexistant grâce aux sols imperméables à faible pente, ainsi qu’aux cuvettes et mares constituant des retenues d’eau.

En fonction de ces conditions, les tourbières ne se rencontrent que dans les pays d’Europe du Nord ou du Canada, ainsi qu’en montagne sous des latitudes plus basses mais à des altitudes de 1000 à 1500 mètres.

En Belgique, elles sont essentiellement présentes en Ardenne : sur le plateau des Hautes Fagnes (la plus importante avec ses 4100 ha), sur le plateau des Tailles (682 ha), sur le plateau de Saint-Hubert et Recogne (840 ha), à la Croix-Scaille près de Gedinne (188 ha).


Tourbières sur le plateau des Hautes Fagnes @ Alain Paquet

Nous pouvons également les rencontrer dans les zones équatoriales, mais il s’agit alors d’autres types de tourbières que nous n’évoquerons pas dans cet article.

Mais comment fonctionne une tourbière ?

Le végétal principal est une espèce de mousse appartenant à la famille des Sphagnaceae que l’on appelle la sphaigne. Cette plante a le pouvoir d’absorber 20 à 30 fois son poids en eau. Elle agit comme une véritable éponge.

Vivant dans un milieu saturé en eau froide et acide, pauvre en nourriture, la compétition est rude entre les différents végétaux. La sphaigne a le pouvoir d’augmenter l’acidité de l’eau afin d’empêcher certaines plantes de se développer. Moins il y aura de concurrents, plus la nourriture disponible sera abondante !

Dans cette eau stagnante, marécageuse, pauvre en oxygène, les bactéries et les champignons responsables de la décomposition des matières organiques sont peu actifs. Les plantes se décomposent difficilement ou pas complètement. Elles s’accumulent les unes sur les autres en couches successives qui forment la tourbe.

On estime que l’épaisseur de tourbe augmente de 1 mm par an environ. Après 12.000 ans, la hauteur maximale n’excède guère les 10 mètres pour les meilleures tourbières.

Il existe plusieurs sortes de tourbe. La tourbe blonde est issue de la transformation, essentiellement, de sphaigne. Tandis que la tourbe noire est composée de différentes sortes de végétaux. La brune étant un mélange des deux autres.

La tourbe, ressource longtemps exploitée par l'homme

De tout temps, les tourbières ont été exploitées par l’homme. Les briques de tourbe séchées servaient de combustible, le bois était utilisé pour la fabrication des sabots et du charbon de bois. Les herbages offraient la nourriture au bétail. Les paysans qui exploitaient ces tourbières portaient le nom de trouffeurs. D’ailleurs, sur le plateau de Recogne, nous pouvons encore visiter ces anciens lieux d’exploitation appelés les Troufferies de Libin.

Vers la fin du XIXème siècle, avec l’exploitation du charbon, ces activités ont progressivement disparu.

Un milieu pas si hostile !

Les conditions particulières des tourbières pourraient sembler hostiles à toute vie. Pourtant, des plantes et des animaux adaptés à ces milieux y vivent en abondance.

Parmi ces plantes, citons, en premier lieu, le drosera ou rossolis. Cette petite plante carnivore compense le peu de nourriture disponible en capturant des insectes. Nous pouvons également rencontrer la délicate trientale, une petite fleur blanche devenue extrêmement rare en Europe mais encore présente sur le plateau de Saint-Hubert.


Drosera et Trientale © Dominique Ludwig

Nous pouvons également observer la Linaigrette vaginée, la Prêle des bois et plusieurs espèces d’orchidées comme l’Orchidée des sphaignes.


Linaigrette vaginée © Dominique Ludwig

Certains papillons sont liés à une plante en particulier comme le Nacré de la bistorte ou le Nacré de la canneberge. Ces milieux aquatiques sont un paradis pour plusieurs espèces d’insectes comme les libellules et demoiselles, les batraciens comme la grenouille verte, les amphibiens comme le Triton alpestre, les reptiles comme le Lézard vivipare.

Attirés par la nourriture bien présente, de nombreux oiseaux fréquentent les tourbières comme le Tarier pâtre, la Pie grièche grise, la Pie grièche écorcheur, la Cigogne noire.


Pie-grièche grise © Jean-Philippe Liégeois

Un projet de restauration de grande ampleur

En Belgique, toutes les tourbières ont été restaurées grâce aux projets Life Tourbières. Beaucoup de ces endroits avaient été drainés par l’homme afin d’y planter des résineux, affectant gravement le fonctionnement des tourbières. Pour restaurer ces milieux tourbeux, plusieurs travaux de gestion ont été nécessaires.

> Tous les épicéas ont été éliminés tandis que les drains ont été bouchés afin de stopper l’écoulement rapide de l’eau.
> Les souches ont été fraisées et les surfaces des sols ont été broyées et raclées afin de favoriser la germination des graines en dormance et rétablir plus rapidement les landes et les prés de fauche.
> Enfin, des petites mares ont été creusées à différents endroits afin de rétablir le réseau hydrique des tourbières, essentiel à leur bon fonctionnement.

Les travaux d’entretien consistent, principalement, au débroussaillage et à la coupe des arbustes. Les prés de fauche sont entretenus par des moutons de race ardennaise comme le Roux ardennais ou par des vaches de race Highland et Galloway.


Vaches Highlands et Galloway © Dominique Ludwig

Pourquoi devons-nous protéger les tourbières ?

> Elles participent à la purification de l’eau et au stockage du carbone présent dans la tourbe.
> Elles abritent de nombreuses espèces rares et menacées tant végétales qu’animales.
> Elles constituent des lieux privilégiés pour l’étude de l’histoire de notre planète (études des fossiles et pollens).
> Elles présentent une valeur éducative et touristique.

L’approche pédagogique de leur fonctionnement illustre, parfaitement, la nécessité de les préserver afin de maintenir la biodiversité nécessaire à la survie et au bien-être des espèces.

Dominique Ludwig

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