La loutre eurasienne, une déesse de l'eau
Défi Nature ASBL

© Dominique Ludwig

Le nom scientifique de la loutre est Lutra Lutra. Elle appartient à la classe des Mammifères et à l’ordre des Carnivores. Elle fait partie de la grande famille des Mustélidés au même titre que le blaireau ou la martre.

Il existe 13 espèces de loutres dans le monde dont la loutre de mer, la loutre de rivière ou encore la loutre géante du Brésil. Dans cet article, nous évoquerons uniquement la loutre d‘Eurasie.

Sa morphologie fait d’elle le carnivore le mieux adapté au milieu aquatique ! Sa queue épaisse à la base lui sert de gouvernail tandis que ses pattes courtes, pourvues de cinq doigts palmés et de griffes, servent à la nage.


© Damien Hubaut

Son corps allongé, sa tête et son museau aplatis améliorent encore sa pénétration dans l’eau. Ses yeux, ses oreilles et ses narines, placés très haut sur le crâne, lui permettent de nager presque totalement immergée tout en continuant de voir, d’entendre et de respirer. Ses longues vibrisses, situées autour de son museau, lui permettent de repérer ses proies en eaux troubles et durant la nuit.


© Damien Hubaut

Son pelage varie du brun foncé au chamois clair avec des taches plus claires sur le cou et le ventre. Elle possède deux types de poils. Les poils de bourre, courts et denses, assurent une parfaite isolation thermique tandis que ses longs poils, appelés jarres, assurent sa fluidité dans l’eau. On compte ainsi plus de 50.000 poils par centimètre carré. Sa taille varie de 90 à 125 cm pour un poids de 6 à 12 kg en fonction du sexe.

Son régime alimentaire est composé, principalement, de poissons (50 à 90%). Elle complète son menu avec des batraciens, des écrevisses, des insectes aquatiques ou des oiseaux.

L’habitat de la loutre concerne l’ensemble des milieux aquatiques : cours d’eau, lacs, étangs, marais. Chaque individu évolue dans un vaste territoire. Les mâles disposent d’un domaine pouvant englober le territoire de plusieurs femelles. Les marquages se font au moyen d’épreintes (crottes) et de sécrétions anales déposées à différents endroits.

Epreinte © Dominique Ludwig

La loutre utilise trois types de gîtes tout au long de l’année. Tout d’abord, les couches qui sont de simples lieux de repos à ciel ouvert. Les abris sont situés sous des éboulis, des racines, des ronciers. Enfin, les catiches sont le plus souvent des terriers où les petits seront élevés. L’entrée est généralement située sous l’eau, assurant une parfaite discrétion.

Fait étonnant, la reproduction chez la loutre peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. Individualistes, le mâle et la femelle ne passent que quelques jours ensemble, le temps de l’accouplement.


© Damien Hubaut

La femelle élèvera seule ses petits. La mise-bas intervient après 2 mois de gestation. Les 2 ou 3 loutrons seront allaités au sein de la catiche pendant 2 mois avant l’apprentissage de la nage et de la chasse. L’émancipation des jeunes interviendra vers l’âge de 10 à 12 mois, moment où ils quitteront le clan familial.

L’espérance de vie des loutres est d’une dizaine d’années à l’état sauvage.

Pour quelles raisons la loutre a-t-elle régressé, voire disparu de certaines régions ?

La raison principale est liée à la chasse et au piégeage. Dans la 1ère moitié du XXème siècle, elle a été exterminée pour sa fourrure, très recherchée à cette époque. De plus, elle était considérée comme une concurrente aux yeux des pêcheurs.

Ensuite, la rectification des cours d’eau, l’aménagement des berges, la suppression des frayères et bras morts ont affecté les populations piscicoles.

Enfin, la présence des métaux lourds et de polychlorobiphényles (PCB) dans les poissons a largement contribué à la régression des dernières populations de loutres.

Quelle est la situation actuelle de la loutre dans nos pays voisins ?

> En France, après avoir fortement régressé, la loutre est en phase de recolonisation. Elle progresse vers le Nord à raison de 10 à 15 km par an. Une petite population serait déjà présente en Champagne-Ardenne.

> En Allemagne, les populations, concentrées à l’Est, se répandent vers l’Ouest. Quelques individus ont été signalés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

> Aux Pays-Bas, 31 loutres ont été réintroduites depuis 2002, avec succès, dans le Parc National de Weerribben-Wieden (Nord de la Hollande). Les  populations sont en augmentation constante, recolonisant les grands fleuves du pays.


Parc National de Weerribben-Wieden © Dominique Ludwig

Et chez nous?

Ces dernières années, les indices de présence (photo, empreinte, épreinte) étaient devenus extrêmement rares. Bien qu’elle soit intégralement protégée en Belgique depuis 1983 (depuis 1978 par la Convention de Berne), la loutre a continué son déclin dans notre pays.

Entre fin 2005 et début 2011, un projet LIFE transfrontalier « Restauration des habitats de la loutre en Belgique et au Luxembourg » a vu le jour. Il concernait les bassins de l’Our, de la Haute-Sûre et les deux Ourthes.

Ce projet d’une durée de 5 ans a permis d’atteindre plusieurs objectifs, à savoir :

> Améliorer les ressources alimentaires de nos cours d’eau en restaurant des frayères, des bras morts et en creusant des mares

> Restaurer les fonds de vallée humide grâce à la plantation d’arbres favorables à la loutre au détriment des épicéas

> Sensibiliser les agriculteurs afin que le bétail ne s’abreuve plus directement dans les rivières (pose d’abreuvoirs, de passerelles)

> Préserver les habitats de la loutre pour améliorer ses conditions de vie (création de passages sous les routes, de catiches artificielles, de zones de quiétude)

En 2013 et 2014, certains individus ont été photographiés de nuit au nord-est de la Belgique. En décembre 2019, une loutre a été filmée en Flandre orientale. En février 2020, une loutre a enfin été photographiée par un piège photo dans la vallée de l’Ourthe Occidentale, qui avait bénéficié du projet Life. Signe que les efforts portent leurs fruits.


Le Laval, petit affluent de l'Ourthe Occidentale © Dominique Ludwig

D’ailleurs, les spécialistes affirment que la Belgique est un couloir de migration préférentiel pour les 2 grands noyaux de populations de loutres d’Europe de l’Ouest situés en France et en Allemagne.

Si ces observations en Wallonie et en Flandre se confirment, il est alors raisonnable de penser que, dans un avenir relativement proche, nos rivières seront à nouveau fréquentées par cette déesse de l’eau.

Dominique Ludwig

 

 

 

Ensemble,
découvrons la nature...

Contactez-nous

Nous les nouveaux amis !